LE MONDE | 25.08.07 | 12h22 • Mis à jour le 25.08.07 | 13h19

our sa rentrée, samedi 25 août, à Melle, dans son fief des Deux-Sèvres, Ségolène Royal veut d’abord faire passer ce message : “Je suis bien là”, présente au rendez-vous, cent jours après sa défaite à l’élection présidentielle, et mûrie. A la veille du traditionnel rendez-vous de fin d’été des socialistes à La Rochelle, la présidente de Poitou-Charentes a donné rendez-vous aux siens pour un pique-nique pimenté de groupes de rock “français et poitevin”. Elle devait être entourée de ses fidèles, Jean-Louis Bianco, Jean-Pierre Mignard, Michel Sapin, Vincent Peillon, Aurélie Filipetti, entre autres.
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“J’ai accompli une mutation, déclare-t-elle au Monde. Je suis une femme neuve, renforcée, qui a gagné en épaisseur et qui a le souci de garder le meilleur.” La nouvelle Royal veut tourner la page des déchirures du passé. “J’ai une grande soif que les socialistes se réconcilient”, dit-elle en indiquant avoir “rappelé un tas de gens”, parmi lesquels le fabiusien Henri Weber, ou les amis de Dominique Strauss-Kahn, Pierre Moscovici et Jean-Christophe Cambadélis.
“On m’a beaucoup reproché de travailler seule, mais j’ai dû agir en urgence, je vais désormais beaucoup m’impliquer dans le travail collectif”, promet-elle. Ereintée par les critiques sur sa campagne, en baisse dans les sondages, Ségolène Royal veut briser son image cassante et solitaire.
La nouvelle Royal veut aller plus loin. “Dans les débats que nous aurons, j’inviterai aussi les socialistes qui sont allés au gouvernement à venir réfléchir, sans ostracisme”, confie-t-elle en citant le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, exclu du PS. Ira-t-elle jusqu’à tendre la main à Eric Besson, qui s’engagea auprès de Nicolas Sarkozy pour la combattre ? “Soyons magnanimes”, répond-elle en riant. Cette démarche, assure Mme Royal, exclut en tout cas la création d’un courant. Quant à prendre la place de premier secrétaire du PS, revendiquée dès le lendemain de la défaite, la question est désormais “prématurée”.
Dans son discours de Melle, l’ex-candidate invite les socialistes à “un travail collectif de longue haleine” pour “actualiser complètement nos réponses” et “organiser (le PS) en un grand parti moderne, portes et fenêtres largement ouvertes sur la société” mais “discipliné”. “Ce temps qui nous a manqué, nous allons le prendre. Et nous achèverons le travail”, dit-elle encore.
Mme Royal s’attarde ainsi sur quelques-uns de ces sujets de fond à approfondir, comme la notion de responsabilité jugée “fondamentale”, ou la place de l’individu dans la société, déjà inscrites dans le chantier de la refondation du PS et qu’elle préempte. “La gauche, écrit Mme Royal, est suspectée de faire du collectif la mesure de toute chose, accusée de faire des situations individuelles le seul résultat d’inerties sociales, de reproductions, de déresponsabiliser nos concitoyens, et de ne parler que de droits, quand il faudrait parler de devoirs et de contreparties (…). Cet équilibre, la gauche a donné le sentiment qu’elle l’oubliait. Cela ne doit plus jamais arriver.” “S’il y avait un slogan à trouver pour les socialistes, ajoute-t-elle, ce serait que “chacun est unique et que tous sont égaux en droits”.”
Parmi les réformes économiques structurelles qui lui tiennent à coeur, elle cite : “Ouvrir les professions fermées, libéraliser le secteur de la distribution, établir un véritable “small business act”, mettre en place une véritable flexsécurité à la française avec un service de l’emploi efficace.”
Ce n’est qu’après ces perspectives que l’ex-candidate en vient à la critique des cent jours de Nicolas Sarkozy. Si, tactiquement, elle lui donne “acte” de sa capacité de “mouvement”, elle dénonce le “paradoxe de l’immobilisme” et “des vieilles méthodes (qui) ressurgissent : empilement de lois, et mise en place de commissions tous azimuts”. Ainsi, souligne-t-elle, l’annonce de la commission Attali sur les freins à la croissance fait-elle suite à la commission Camdessus, créée en 2004 sur le même sujet par M. Sarkozy, alors ministre des finances… Elle critique le “paquet fiscal, déjà incompris de nos partenaires européens”, fustige les “six lois, peu ou pas évaluées” sur la récidive, “et toutes vouées à l’échec par défaut de moyens” et “met en garde” contre “la mesure sur les intérêts d’emprunt, qui va gonfler encore un peu plus la bulle immobilière”.
Féroce dans le domaine de la politique étrangère, elle met en parallèle l’attitude de M. Sarkozy vis-à-vis des Etats-Unis avec celle du premier ministre britannique Gordon Brown, “qui se démarque habilement et sans esbroufe de la politique néoconservatrice de l’administration Bush”.
Tirant un trait sur sa rupture avec François Hollande, elle ne veut pas laisser troubler sa rentrée par la parution du magazine Closer contenant des photos de son ex-compagnon avec une femme sur une plage du Maroc. “Il n’est pas question que je me laisse tirer vers le bas sur des sujets qui sont derrière moi”, déclare-t-elle au Monde, bien décidée à ne pas gâcher ses chances de rebond.
Isabelle Mandraud
Article paru dans l’édition du 26.08.07
a politique économique du gouvernement est-elle adaptée à la situation ? A en juger par les trois indicateurs publiés depuis le début du mois d’août, il est permis d’en douter.En dix jours, on a appris que le commerce extérieur était encore plus déficitaire au premier semestre 2007 qu’il ne l’avait été un an auparavant (15,3 milliards d’euros contre 12,9), puis que la production industrielle avait chuté de 0,3 % au deuxième trimestre. Le chiffre de la croissance est venu couronner le tout : assez logiquement, elle n’a atteint durant ce deuxième trimestre que 0,3 %, moins qu’au premier trimestre (0,5 %) et surtout deux fois moins que prévu. Résultat : il y a peu de chance que la croissance économique atteigne l’objectif fixé par le gouvernement : entre 2,25 % et 2,5 % sur l’ensemble de l’année. Certes, le ralentissement concerne toute la zone euro. Néanmoins l’économie française souffre de maux spécifiques. Sinon, comment expliquer que le commerce extérieur allemand s’apprête à afficher en 2007 un excédent record de 150 milliards d’euros, alors que la France risque, elle, de connaître un déficit record de 30 milliards ?
rois mois après son élection à la présidence et quelques jours après la fin de la session extraordinaire du Parlement, une large majorité de Français approuve les mesures et initiatives prises par le président Nicolas Sarkozy depuis son élection, de même que sa façon de gouverner, selon un sondage IFOP pour “le Journal du dimanche” du 12 août.